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La masculinité toxique: ça se mange docteur?

Par Maxime Bizzari, pour Feminists of Paris

Il faut toujours laver les tomates et en enlever le pédoncule.

Au détour d’un article juteux je voyais fleurir l’expression « masculinité toxique ». C’en était la saison puisqu’il en tombait dans mon feed Facebook comme des pommes en automne. Alors rassurons tout le monde, la masculinité n’est pas un mauvais champignon. Elle se consomme sans soucis quand on sait la cuisiner. Parlons des symptômes cependant en cas d’intoxication : Hématome sur compagne, suicide (trois fois plus que les femmes), incarcération et autres violences psychologiques et/ou physiques sur autrui. Pour autant tout n’est pas à jeter dans la construction de l’identité d’un homme. L’important est de savoir distinguer les bonnes parts des mauvaises selon les circonstances. A la manière d’une tomate mûre qui sera l’allié de vos salades d’été, la masculinité peut être une identité heureuse et positive. Cependant faire une soupe à partir du pédoncule… Non mauvaise idée.

Ca pousse où et quand la masculinité ?

L’identité masculine ne peut pas s’expliquer à l’aune des deux dernières décennies du XXIème siècle mais renvoie à des injonctions sociétales beaucoup plus anciennes. Prenons des éléments souvent cités en exemple : le devoir de cacher ses sentiments et le rapport tolérant ou même glorifiant à l’égard de la violence. Pendant longtemps la fonction principale d’un homme a été de faire la guerre. C’est une autre expérience des relations humaines et une réalité relevant d’autres impératifs qu’une vie sous l’égide de la paix. Montrer ses sentiments, en particulier son hésitation et sa panique pouvait avoir des répercussions terribles pour soi et également pour les autres comme l’illustre si bien une scène du film « Fury »: le jeune Norman est chargé de faire la vigie. Il tergiverse quelques secondes à donner l’alerte en voyant des pré-adolescents en tenue allemande. Ce moment sera fatal. Un de ses camarades meurt dans d’atroces circonstances à la scène suivante. La bonne saison pour la virilité, c’est la guerre, l’opposition, la lutte.

Pas dans tous les plats !

Cependant nous ne vivons plus à l’heure des bombes mais de la coopération, du compromis, et de l’entente. Aujourd’hui on ne fait plus la guerre mais des traités. Ce qui est utile face à un adversaire devient un poids face à allié. Le refus de la concession face à un opposant, la fermeté, devient risible quand il s’agit de faire des compromis avec sa partenaire pour le voyage en Grèce prévu cet été. Les implications sont plus graves que les premières illustrations données. Le refus de perdre la face devant une opposition réelle ou supposée amène par exemple aux crimes d’honneur et autres violences faites en particulier aux femmes mais aussi aux enfants, (finalement toutes personnes supposées suffisamment fragiles pour pouvoir être attaquées sans répercussions immédiates) [illustré par les violences en Albanie]. Sur le plan psychologique les difficultés à exprimer ses blessures propres amènent à des dénis et potentiellement des pathologies, le premier pas vers le soin étant bien souvent la parole. 

Masculinité - recettes de l’été

Alors pourquoi ne pas jeter la masculinité aux oubliettes puisqu’elle a été façonnée par des impératifs qui n’existent plus aujourd’hui et qu’elle est le moteur d’une forme d’oppression : le patriarcat ?

Parce qu’une identité ça s’hérite avant de se construire. Nous sommes nés hommes avec la généalogie qui est la notre. Les tomates poussent, elles, dans le jardin, qu’on les veuille ou non, elles ont été plantées avant notre arrivée. Il s’agit de savoir qu’en faire. Bonne nouvelle: il y a plein de recettes!

De la culture de la violence est né la soif de dépassement qui a donné naissance au sport compétitif et collectif. Une pratique aujourd’hui encore majoritairement masculine qui a su transformer les pulsions violentes en virtuosité et communion. Les sportifs incarnent un modèle de masculinité moderne : faire partie d’une équipe, travailler pour un groupe.

La combativité est également un moteur de découverte et de dépassement de soi tout à fait positif. Il est bénéfique tant qu’il est dirigé vers soi et avec une ambition acceptable pour ne pas générer déception et honte. C’est cette exigence envers soi qui amène les hommes vers des études plus élitistes. La figure d’un acharné de la connaissance comme l’étaient Poincaré, Pascal ou Descartes est un exemple de virilité tout à fait heureux encore aujourd’hui.

L’intégration de code féminins peut être une autre manière de se vivre en tant qu’homme. Bilal Hassani en est un représentant emblématique. C’est un homme et il se vit ainsi, il a juste incorporé ce que la féminité pouvait lui apporté de bénéfique. L’important étant d’être en accord avec ce qui nous souhaitons pour nous et d’être tolérant face aux autres formes de masculinité qui n’appellent pas à la domination d’un tiers. Si tu ne souhaites pas être perçu comme efféminé c'est compréhensible, mais laisse les personnes qui le souhaitent être bien dans leurs peau - tout comme Bilal Hassani. C’est un chemin de réussite qui pourra inspirer d’autres personnes.

Dans le même esprit, ces formes de construction de l’homme d’aujourd’hui peuvent aussi être des modèles pour les femmes car dans la démarche de construction de la masculinité il y a la recherche et l’exercice du pouvoir. Les figures masculines d’hier peuvent être des sources d’empouvoirement pour les jeunes filles dans l’attente d’une émergence plus large mais inéluctable de mentores (on m’autorisera cette forme féminisée) féminins modernes.

Cuisiner en confiance, le féminisme comme aide

Les témoignages et analyses des diverses formes de toxicité de la masculinité que nous avons tout juste parcouru ici ne sont ni une culpabilisation de notre identité d’homme ni une attaque à son intégrité. C’est au sens philosophique, une déconstruction. Le mouvement féminisme nous offre à voir les angles morts, mouvants de ce que nous sommes et dont les externalités sont parfois malheureuses pour les autres comme pour nous. Prenons les comme une aide à mieux faire, un guide pour nous améliorer. Les avis de mes invités ne remettent pas forcément en cause mon plat, mais promis, la prochaine fois je mettrai moins de curry ça évitera à quelques uns de s’étouffer.

Pour prolonger ce questionnement sur la masculinité toxique, une table ronde gratuire est organisée par Feminist Of Paris le 26 Septembre à Paris, je serai ravi de vous y retrouver!

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