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L'appel pour l'égalité - on y était!

Hier, je me suis rendue à l’appel pour l’égalité, qui était organisé par le Think Tank Marie Claire et le Connecting Leaders Club. L’objectif de cette journée, qui avait fait l’objet d’une large campagne de communication, était de présenter des engagements concrets, issus de réflexions par thématique (l’entreprise, la culture, l’éducation, la santé et la tech française) auxquelles certains des principaux acteurs sectoriels avaient participé.

Réfléchir aux inégalités entre les genres dans la culture

Une des tables-rondes avait pour ambition de répondre à la problématique suivante : « Comment valoriser les artistes femmes et assurer l’égalité aux postes clés? ». Grand programme, auquel nous cherchons à participer activement chez Feminists of Paris, à travers le lancement de notre galerie d’art féministe en ligne - et plus largement à travers les visites que nous organisons depuis près d’un an.

Aujourd’hui, si le domaine de la culture n’est pas le plus inégalitaire, force est de constater qu’il exclue encore largement les femmes, alors là même qu’elles sont plus nombreuses à lui avoir consacré leurs études après le bac: selon le Haut Conseil à l’Egalité, elles forment 60% du corps étudiant dans l’enseignement supérieur de la culture, mais seulement 43% des actifs des professions du secteur. Cette part insuffisante de femmes n’augmente pas naturellement, et un climat d’hypocrisie s’impose dans le secteur : de nombreuses femmes, placées en position d’infériorité numérique, sont victimes de harcèlement, mais n’osent pas s’ouvrir sur ce sujet. Selon Agnès Saal, Haute fonctionnaire à l'égalité et la diversité du ministère de la Culture, il est primordial de mettre en place des mesures concrètes pour lutter contre ces phénomènes. Elle mentionne le principe d’éga-conditionnalité : tout octroi de subvention dans le domaine de la culture doit être conditionné à une augmentation de 5 à 10% des effectifs féminins dans la structure concernée.

Valoriser les expertes du secteur culturel

Il convient également de valoriser les expertes déjà présentes dans le secteur, qui peinent à s’imposer et sont souvent décrédibilisées. Barbara Carlotti, une auteure, compositrice et interprète interrogée à l’occasion, raconte qu’elle a souvent été sujette au syndrome de l’imposteur lors de la production de ses albums. Elle confie que, pendant la production de son second album, les techniciens lui ont demandé de sortir du studio au moment du mixage, car ils considéraient qu’elle n’était pas habilitée à juger du mixage des cordes, sur lequel leurs avis divergeaient. Elle explique que chaque album est une nouvelle lutte pour être prise au sérieux en tant que technicienne, et ce malgré son expérience considérable.

« Communiquer sur les chiffres des femmes présentes dans la culture à tous les postes […] et créer un annuaire d’expertes dans chaque domaine afin d’augmenter la visibilité des femmes ».

Un des engagements du Think Tank Marie Claire est ainsi de « communiquer sur les chiffres des femmes présentes dans la culture à tous les postes […] et créer un annuaire d’expertes dans chaque domaine afin d’augmenter la visibilité des femmes ». En effet, les inégalités entre les genres ne sont pas uniquement numériques, elles sont aussi hiérarchiques. Aujourd’hui, on ne compte qu’un tiers de femmes aux postes de direction dans la culture. Barbara Carlotti avoue qu’elle ne peut pas citer cinq femmes productrices de musique et constate que très peu de femmes dirigent des salles de spectacles. Il en va de même pour le théâtre : aucun des théâtres nationaux n’est dirigé par une femme.

Des modèles et des pairs pour se projeter

Barbara Carlotti est d’avis qu’il est difficile pour les femmes de la sphère culturelle de se projeter, car elles manquent de modèles. Elle explique que le livre Girls Rock, écrit par Sophie Rosemont, a eu un rôle important pour elle, car il lui a appris que de nombreuses artistes femmes ont participé aux origines du blues, mais qu’elles n’ont pas été « sanctifiées » au même titre que les bluesmen, et sont tombées dans l’oubli. Ainsi, si on parle peu souvent des femmes dans certains domaines, cela ne veut pas forcément dire qu’elles n’ont pas joué de rôle, mais peut être simplement qu’elles ont été effacées de la mémoire collective. Dans notre nouvelle visite « la chasse aux sorcières: les femmes puissantes de Paris », nous cherchons à redonner une place aux grandes femmes de l’histoire de la capitale: épouses, mères et même amies et partenaires de travail ont souvent été invisibilisées au profit de leurs homologues masculins.

« Augmenter le nombre des noms de rues, places ou établissements publics portant le nom d’artistes femmes ».

Sur cette thématique, le Think Tank Marie Claire et ses partenaires comptent travailler à la valorisation des femmes artistes, à travers l’histoire mais aussi aujourd’hui dans les médias et les lieux publics. Une des propositions qui rejoint particulièrement les sujets discutés lors de nos visites féministes est « d’augmenter le nombre des noms de rues, places ou établissements publics portant le nom d’artistes femmes ». Par exemple, l’ancien Théâtre Sarah Bernhardt, devenu Théâtre de la ville pendant l’occupation, en 1941, pourrait bientôt retrouver son nom d’origine.

De la publicité non-sexuelle, sexiste ou sexuée

Enfin, une dernière thématique ayant retenu mon attention est celle de la représentation des femmes dans les médias et la publicité. En mars 2018, une charte d’engagements volontaires pour la lutte contre les stéréotypes sexuels, sexistes et sexués dans la publicité a été signée par de nombreux acteurs du secteur - mais cela demeure insuffisant, selon Sylvie Pierre-Brossolette, ex-membre du CSA. Pour elle, il est fondamental de légiférer sur ce sujet si l’on souhaite que l’image des femmes dans la publicité soit véritablement améliorée. Des publicités non-sexistes sexuées ou sexuelles semblent un eldorado difficile à imaginer, mais elles pourraient avoir une telle répercussion sur l’égalité concrète entre les genres qu’il convient de s’engager dans cette lutte. Comme l’expliquait déjà Lauren Rosewarne en 2005 dans son essai « The Male Gallery », les stéréotypes dans la publicité exercent une violence symbolique qui participe à l’exclusion des femmes de l’espace public. Devoir marcher chaque jour dans des rues, des bouches de métro, qui véhiculent des images stéréotypées des corps féminins engendre un sentiment de non-conformité à un idéal qui ne représente en réalité qu’une infime partie de la population féminine.

Ainsi, la table-ronde a permis d’aborder diverses thématiques et de présenter des actions concrètes, en accord avec les idées que nous défendons dans le cadre de nos visites féministes: l’égalité ne passe pas que par les chiffres, les statistiques, mais aussi par les symboles, par les pairs, par les modèles féminins, qu’il convient de valoriser et de mettre en lumière.

Vous pouvez retrouver les comptes-rendus du Think Tank Marie Claire ici !

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